"Dirty Work" - The Rolling Stones
C'est difficile de parler d'un tel disque. Pas parce qu'il est réussi, car, non, désolé, mais il ne l'est pas. Dirty Work est un des plus mauvais albums des Rolling Stones, voilà, c'est dit. Il y à pire encore chez le groupe : Bridges To Babylon de 1997 est vraiment pourri, mis à part une ou deux chansons, et pour moi, Emotional Rescue de 1980 est encore plus raté que tous les albums ratés du groupe. Ensuite, on peut citer Undercover (1983), qui est du même niveau que Dirty Work, c'est à dire un niveau bien faible, mais pas non plus une catastrophe absolue. Au sujet de Dirty Work, je l'avais déjà abordé ici en 2010, je l'avais d'ailleurs classé dans la catégorie des 'ratages'. J'ai depuis changé la catégorie ('rock'), tout en conservant le tag, histoire de dire que, oui, ce disque est très médiocre, mais qu'il y à, franchement, pire, rien qu'au sein du groupe. Mais ce disque n'a pas grand chose pour lui : sa pochette est hideuse, tant au recto (couleurs atroces, tenues flashy honteuses, lettrage pourri, regards éteints, sauf pour Jagger qui, avachi pieds nus sur le sol, semble légèrement se marrer, regardez ses yeux) qu'au verso (voyez plus bas), ainsi que la sous-pochette comprenant les paroles plus un comic-book horrible dessiné (très mal) de la main de Jagger, voyez, là auss, plus bas. Ensuite, avec un tel titre d'album ('sale boulot'), difficile de ne pas voir mauvais présage, ou de se dire que l'album est très bien nommé. Enfin, la situation, au sein du groupe, est tout simplement intenable, en 1985/86 (enregistrement et sortie de l'album).
Dos du CD - pour le vinyle, c'est à peu près pareil, pour le fond
On va d'abord parler d'un drame survenu pendant l'enregistrement, la mort du pianiste, arrangeur, manager et surtout pote Ian Stewart, il n'avait pas la cinquantaine. Un court morceau de 30 secondes, situé en fin d'album, non crédité, lui rend hommage, une version piano de Key To The Highway, classique du blues. Ensuite, Charlie Watts (batteur), est en pleine addiction à la drogue, et il se retrouve dans un état proche de l'Ohio, difficile de bien jouer. Enfin, les relations entre Jagger et Richards, à l'époque, et cepuis 1982 environ, sont à peu près aussi conviviales que le seraient celles d'un des rescapés du naufrage du "Costa Concordia" avec le commandant de bord du même bateau. Une ambiance de merde. VRAIMENT de merde. On notera la présence de plusieurs musiciens de grand talent, invités, sans aucun doute là pour redorer un peu le blason, remonter le moral des troupes, ou combler des trous (du style un batteur ou deux pour jouer à la place d'un Watts déglingué, un guitariste pour jouer à la place d'un Richards qui ne veut pas jouer ce titre, etc) : Bobby Womack, Jimmy Page (hé oui ! Il joue sur le premier titre), Don Covay, Patti Scialfa (femme de Springsteen), Jimmy Cliff, Tom Waits, Kirsty MacColl, Ivan Neville (des Neville Brothers), Anton Fig, Steve Jordan, Charley Drayton... La production de l'album, une première depuis 1973, n'est pas signée des Glimmer Twins (Jagger et Richards) seuls, car ils coproduisent, mais en collaboration avec Steve Lillywhite (U2, The Cure, Simple Minds...). Tous les albums du groupe, depuis 1974, étaient produits par Jagger et Richards seuls. Ca ne sera plus le cas dès Dirty Work, qui a, au fait, été enregistré à Paris, comme tous les précédents opus du groupe depuis Some Girls.
Faiblard, miné par une production trop ancrée dans son époque (qui plus est, comme je l'ai précisé, Lillywhite est un spécialiste du gros son pop new/wave 80's...), l'album est court, 40 minutes pour ses 11 titres (10 chansons plus le bonus-track de 30 secondes non crédité). Les détracteurs diront que c'est déjà un bon point. Bien que faibard, donc, très inégal, l'album possède quand même trois chansons vraiment bonnes, et je n'exagère en rien en disant cela. Ce sont la reprise de Harlem Shuffle, One Hit (To The Body) et Sleep Tonight, laquelle est une des deux (avec le reggae pourri Too Rude) à être chantée par Keith Richards. Ces trois chansons sont franchement bonnes, ce ne sont certes pas des classiques à ranger à côté de Brown Sugar, Rocks Off ou Jumpin' Jack Flash, mais il n'y à rien d'infâmant ici, dans ces trois morceaux. Riffs efficaces, refrains entêtants, bon rythme. Le reste de l'album est franchement moins bon, même si Winning Ugly et Dirty Work se laissent écouter quand même. Mais Hold Back, Back To Zero, Had It With You (qui semble parler des tensions entre Jagger et Richards), Fight et Too Rude sont franchement mauvaises. Au sujet des titres des chansons, marrant de constater que pas mal d'entre elles ont de la violence, de l'agressivité, dans leurs noms : Had It With You ('ma claque de toi'), Fight, Too Rude ('trop brutal'), Winning Ugly ('gagné salement'), Back To Zero ('de retour à zéro'), One Hit (To The Body) ('un coup au corps'), Dirty Work... Les chansons reflètent bien, comme la pochette (les expressions de Keith, Wyman, Woody...), la tension ambiante. Il faudra attendre trois ans pour que les Stones, qu'on estimera dès lors finis pour le compte entre temps, ne refassent un disque, une fois que Jagger et Richards se seront un tant soit peu réconciliés, et ça sera le très très bon (et sous-estimé) Steel Wheels en 1989.
Le comic-book de la pochette, dessiné par Jagger
En attendant, Dirty Work, classé parmi les pires albums des Galets, est, il est vrai, un ratage. Même si trois chansons sont bonnes et deux autres, assez écoutables. Mais les cinq restantes sont si mauvaises qu'elles foutent vraiment le disque en l'air. Un album qui n'avait, de plus, pas besoin de ça, car on peut se dire que, compte tenu des circonstances (mauvaise ambiance, soucis divers, etc), c'était assez miraculeux que le groupe ait réussi à faire ce disque. Mais, vraiment, même en essayant très fort, impossible d'aimer cet album. Tout au plus j'apprécie ses quelques (rares) bonnes chansons, et je salue l'effort, mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Je préfère même Undercover (pourtant médiocre aussi), c'est dire... Mais je préfère quand même Dirty Work à Emotional Rescue et Bridges To Babylon, aussi.
FACE A
One Hit (To The Body)
Fight
Harlem Shuffle
Hold Back
Too Rude
FACE B
Winning Ugly
Back To Zero
Dirty Work
Had It With You
Sleep Tonight
Key To The Highway [non crédité]
"L'Imprudence" - Alain Bashung
Attention, on tient ici un des albums les plus étranges, atypiques, complexes qui existent, dans le paysage musical français. L'Imprudence, sorti en 2002, est le onzième (et avant-dernier) album studio d'Alain Bashung, et on en parle comme du dernier volet d'une trilogie noire, sombre, expérimentale, débutée en 1982 par Play Blessures et poursuivie en 1989 par Novice. Deux albums dont le succès commercial, à l'époque de leur sortie, est inversement proportionnel à leur qualité (et ce sont deux albums immenses ; comprendre par là qu'ils ont foiré au hit-parade !). L'Imprudence, album studio le plus long de Bashung (66 minutes, 13 titres, dont un de quasiment 8 minutes et un autre de quasiment 10 minutes), marchera mieux que Play Blessures et Novice, mais ne sera pas non plus un succès monstrueux comme l'ont été Osez Joséphine, Passé Le Rio Grande... ou Fantaisie Militaire. Lequel était, jusqu'à 2002, le dernier album de Bashung, qui a donc mis quatre ans à refaire un disque (Fantaisie Militaire : 1998). Il mettra encore plus de temps avant de refaire un album, vu que Bleu Pétrole, son suivant et ultime, sortira 6 ans après L'Imprudence, en 2008, et Bashung défuntera un an après... Mais revenons à L'Imprudence. C'est le dernier album fait en collaboration avec le parolier Jean Fauque, et il propose aussi une chanson écrite en duo avec Miossec (Faisons Envie). Fauque, ami de Bashung depuis avant leur collaboration, a commencé à écrire pour Bashung en 1989 sur Novice, et depuis, c'était une collaboration aussi efficace et régulière que Stephan Eicher et Philippe Djian, ou la grande époque de Jagger et Richards. Sans doute pour changer d'air, Bashung ne fera pas appel à lui pour Bleu Pétrole, engageant Gaëtan Roussel (et Manset lui signera quelques chansons aussi).
L'Imprudence a été enregistré avec des musiciens grandioses, et au studio ICP de Bruxelles. On trouve, sur ce disque, Simon Edwards (basse, contrebasse), Martyn Barker (batterie, percussions), Marc Ribot (guitare), Arto Lindsay (guitare), Mino Cinelu (percussions), Steve Nieve (claviers), Arnaud Devos (guitare, percussions, programmations), plus des cordes dirigées par Mark Steylaerts et des programmations de Mobile In Motion (qui cosignent certains morceaux). Avec des morceaux avoisinant, en moyenne, les 5 minutes (le plus court, Jamais D'Autre Que Toi, ne fait que 2 minutes, et est en fait une déclamation d'un poème de Robert Desnos, accompagnée par une mélodie envoûtante et minimaliste), avec ses cordes et ses programmations, ce disque est le plus difficile d'accès de Bashung. Et je n'exagère pas. Sombre comme sa pochette (laquelle est sublime) montrant un Bashung à la beauté gothique et byronesque dans un sous-bois, en noir & blanc, L'Imprudence n'est pas l'album que je conseillerais si vous ne connaissez pasencore le boulot de l'Alsacien. J'ai même envie de dire de finir votre découverte par ce disque. Je l'ai découvert en 2002, ce disque, lors de sa sortie, donc, et j'ai mis, allez, 4 ou 5 ans avant de vraiment commencer à l'aimer. La première écoute fut difficile, la seconde (trois/quatre mois après) aussi, et autant que je me souvienne, la troisième (dans un laps de temps similaire) aussi, puis, j'ai cessé de l'écouter pendant un an ou deux, avant de revenir dessus. Il faut du temps et de la volonté, du courage, pour écouter ce disque long (mais magnifique) et intense, sombre, triste, parfois glauque, sans sourciller. A l'arrivée, clairement, c'est un des sommets de Bashung, un de ses disques les plus exigeants et renversants, un de ses plus originaux et habités.
Mais, oui, clairement, il faut prendre son temps, ne pas écouter ce disque trop souvent et dans un laps de temps trop rapproché, car c'est vraiment le prix à payer pour parvenir, au bout du compte, à dompter cet album. Des chansons telles que Tel (justement), le grandiose L'Imprudence (qui reprend les paroles de Tel) de quasiment 10 minutes, Le Dimanche A Tchernobyl, Faites Monter, Noir De Monde, Faisons Envie, Je Me Dore, Dans La Foulée et cet immense Mes Bras de 7,45 minutes, toutes ces chansons, et les autres, sont autant de merveilles, de petits diamants noirs qui n'attendent qu'une chose, être découverts. Ca vous prendra sans doute du temps, et sans doute pas. Si ça se trouve, dès la première écoute, vous allez (ou avez été) être sous le charme de ce disque étrange, enivrant, envoûtant, et si exigeant. A l'avenir, laisse venir... l'imprudence...
Tel
Faites Monter
Je Me Dore
Mes Bras
La Ficelle
Noir De Monde
L'Irréel
Jamais D'Autre Que Toi
Est-Ce Aimer
Le Dimanche A Tchernobyl
Dans La Foulée
Faisons Envie
L'Imprudence
"Slip Inside This House" - Primal Scream
Remarquable morceau de Primal Scream, en réalité une reprise d'une chanson des 13th Floor Elevators, Slip Inside This House. Issue de Screamadelica, chef d'oeuvre de 1991 !
"Passé Le Rio Grande..." - Alain Bashung
Après avoir réabordé divers albums d'Alain Bashung, essentiellement les meilleurs (mais il n'a fait quasiment que des grands albums, pas difficile), il est temps de s'attarder quelque peu sur un disque à la fois mineur et majeur de cet artiste immense nous ayant quitté en 2009 : Passé Le Rio Grande..., sorti en 1986. Mais avant, pour bien comprendre ce disque, petit flash-back en 1981. Bashung vient de sortir Pizza, son troisième album, et il a aussi joué dans le TVfilm Le Cimetière Des Voitures, d'Arrabal, dont il a signé la bande-son, et il décide, afin de changer un peu d'horizons, de cesser sa collaboration avec son ami le parolier Boris Bergman, présent depuis son premier album de 1977. Il entame une collaboration fructueuse avec l'illustre Gainsbourg, qui mène, en 1982, à Play Blessures, chef d'oeuvre de cold-wave industrielle française qui, hélas, sera un bide, un disque incompris à sa sortie (depuis, c'est tout autre, il a été totalement réhabilité). Puis, en 1983, il sort Figure Imposée, dont les textes sont signés d'un nouvel auteur, Pascal Jacquemin (l'album sera aussi un bide, mais lui n'a pas été réhabilité, et il faut dire qu'il n'est pas grandiose du tout, sans être pourri). Sur chacun de ces deux albums, Bergman signe un morceau (Junge Männer, Imbécile), mais ces titres sont issus de la bande-son, jamais sortie en album, du TVfilm, et, donc, existaient déjà avant les sessions d'enregistrement des deux albums. En 1983, Bashung en est mauvaise posture, donc, deux albums et deux bides. En 1984/85, nouvelle collaboration, avec Didier Golemanas, qui lui offre S.O.S. Amor, Tu Touches Pas A Mon Pote (qui deviendra un des hymnes de S.O.S. Racisme) et Les Européennes (une face B de single). Bashung sort le live Live Tour 85, double, qui marche assez bien, sur lequel se trouve une version live de S.O.S. Amor et une version studio, en bonus, de Hey Joe. Mais au moment de la sortie de ce live, la collaboration avec Golemanas est finie. Bashung décide de faire reveir Boris Bergman, qui n'attendait que ça, et les deux compères retrouvés décident, pour marquer le coup, de faire un disque joyeux, solaire, de retrouvailles, un disque insouciant, sans prise de tête.
Notez le t-shirt Joy Division !
Ca sera Passé Le Rio Grande..., qui sera un immense succès et récoltera la première Victoire de la Musique bashungienne (album rock de l'année), première d'une longue série, Bashung étant le plus récompensé (avec un autre Alain, Souchon). L'album offre 10 titres, pour un total d'approximativement 37 minutes (je dis : approximativement, car le CD propose quelques bonus-tracks : les trois chansons de 1984/85 signées Golemanas citées plus haut, et une version longue de L'Arrivée Du Tour). Le titre de l'album fait très country/western (le Rio Grande, ou Rio Bravo, est le fleuve qui marque la frontière naturelle entre le Mexique et le Texas, on l'appelle différemment des deux côtés du fleuve), la pochette aussi, avec Bashung arborant un chapeau de cowboy, regard éteint vers l'horizon, une étoile dessinée sur la joue, tête penchée de côté, un cowboy d'opérette. Au verso de pochette vinyle (et dos du livret CD), des dizaines de robots amusants en train de s'accoupler dans diverses positions, un vrai Kâma-Sûtrâ à la Asimov. Ca donne le ton de ce disque : amusant, cocasse, hilarant même, et ne se prenant vraiment pas le chou. Non, ne cherchez pas de motivation intellectuelle ici, ce n'est absolument pas L'Imprudence (2002) avant l'heure ! Bergman et Bashung ont opté pour le jeu de mots, le calembour au kilomètre, il y en à tellement (quasiment un par ligne de texte...) que les citer tous reviendrait à scanner les pages du livret des paroles ! Musicalement, c'est très, trop même, ancré dans son époque, entre boîtes à rythmes, batteries en tambour de machine à laver, synthés, guitares grassouillettes... On écoute ce disque, direct, on est revenu en 1986, Les Frères Pétard de Palud à l'affiche au Gaumont du coin, Balavoine et Coluche viennent de nous quitter, et, hey, les élections, c'est dans deux ans, putain (j'parie que Mitterrand sera réélu, moi...) !
Ma première écoute de ce disque fut difficile. J'avais du mal à croire que l'auteur d'Osez Joséphine, Fantaisie Militaire et Play Blessures (L'Imprudence et Bleu Pétrole n'existaient pas encore à l'époque) était l'auteur de ce disque. Bref, j'ai pas aimé. Du tout. Du tout, du tout, du tout. Il m'a fallu du temps, de la patience, pour enfin arriver à apprécier ce disque, et à l'heure actuelle, non, je vous rassure, je ne vais pas crier sur tous les toits du monde (veuillent bien me lâcher la grappe...j'ai pas pu m'en empêcher, l'influence de ce disque, sans doute) que je trouve cet album génial, car il ne l'est pas. Passé Le Rio Grande... n'est pas un des meilleurs opus de Bashung. Mais il est devenu, pour moi, l'équivalent du petit gars un peu turbulent, un peu con, mais au final bien sympathique (j't'aime, bien, p'tit con !, ce genre de trucs). Les calembours sont parfois bien trouvés (Sur le perron souvent tu m'évitas dans Camping Jazz, est un bon exemple : Perron, évitas : Evita Peron...), mais le plus souvent aussi lourds que le cul d'un éléphant d'Asie atteint d'obésité morbide. Rien que les titres des chansons sont des petits poèmes, Rognons 1515, Camping Jazz, Helvète Underground, Douane Eddy. Vous qui ne connaissez pas encore ce disque loufdingue, attention, c'est vraiment du lourd. Petit florilège des meilleurs moments, un par chanson, dans l'ordre, je ne garantis pas les séquelles sur votre conception de l'humour : Robinson Crusoë n'a plus un Vendredi de libre/Au Printemps j'redoute qu'un des Trois Suisses me livre (Helvète Underground) ; Lundi je passe l'oral sans Hardy (Camping Jazz) ; Elle fait l'amour avec Dieu, elle fait ça qu'avec God (Dean Martin) ; J'annule la manucure, ça lui fera les pieds (Douane Eddy) ; Pourquoi faut-il, grand Manitou, que le magicien dose ? (Malédiction) ; Ouvrez, ouvrez la charentaise, touche-moi le pompon tu auras une rime en 'aise' (L'Arrivée Du Tour) ; L'ennemi à mis le cheikh à la fraise (Herr Major) ; Cantonnées à Paris, il arrive que les Chinoises rient (Milady) ; Jésus sait plus où il crèche (Rognons 1515) ; J'enfile des perles à rebours (Chat). Oui, je sais, je sais, je sais...
Photo présente dans le livret
Mais, malgré cela (et il y en à d'autres, des calembours douteux, même si certains, aussi, sont bien foutus, j'avoue : Encore une nuit sans Georges, sur la deuxième chanson, a été trouvé par un ami anglais de Bashung et Bergman qui, un soir de beuverie, voyant Bashung apporter une nouvelle bouteille de Nuits-Saint-Georges (un vin de Bourgogne), s'exclamera de la sorte, faisant un calembour involontaire du à sa connaissance hésitante de la langue de Molière ; les deux compères noteront judicieusement le bon mot, ébahis), malgré cela, donc, Passé Le Rio Grande... me plaît assez. Il y à ici, des chansons vraiment bonnes, même si la production et les arrangements datés les rendent quand même mineures. Chat est sublime, Herr Major (prononcer 'mayor') vaut vraiment le coup (A vue d'oeil, on s'améliore, dit d'ailleurs Bashung dans le refrain), et je suis fan, mais vraiment fan, de L'Arrivée Du Tour (et son clip cocasse et flashy réalisé par Kiki Picasso) et de cet Helvète Underground d'enfer, sous influence Phil Spector déglingué. Quand, dans le refrain, Bashung braille Guili guili ! Passé le Rio Grande, ça sonne comme l'helvète underground..., c'est à la fois hilarant et, musicalement, trippant, je ne sais pas pour vous, mais ces arrangements spectoriens sont un des meilleurs moments musicaux de l'album. Bien meilleur que la batterie ratée et trop forte en intro de Camping Jazz, ou que le refrain choral de Rognons 1515. Ensuite, il reste une grande chanson de plus sur le disque, Malédiction et ses accents country, vraiment excellent.
Dans l'ensemble, cet album au fort succès commercial (et bien accueilli à sa sortie), rescellant la collaboration Bashung/Bergman (qui cessera définitivement en 1989 avec Novice, l'album suivant, qui, lui, sera aussi le début d'une nouvelle collaboration, avec Jean Fauque) est donc daté, mineur, parfois très ridicule, mais il offre quand même de bonnes choses, et si on arrive à virer Fantaisie Militaire et Play Blessures de sa tête, on arrivera à apprécier le bouzin. Du Bashung light (tout en étant très dosé, dans les arrangements), du Bashung pour rire, c'est pour cette raison, et uniquement cette raison (bon, c'est aussi pour retrouver du succès commercial après deux bides commerciaux en 1982/83...), que ce disque a été fait. On aime ou on déteste...Moi, j'ai ressenti les deux, d'abord de la haine, puis de l'affection (pas de l'amour) pour ce disque moyen, mais pas nul, et, au final, essentiel quand même dans la discographie de Bashung.
FACE A
Helvète Underground
Camping Jazz
Dean Martin
Douane Eddy
Malédiction
FACE B
L'Arrivée Du Tour
Herr Major
Milady
Rognons 1515
Chat
"Love Is The Drug" - Roxy Music
En 1975, Siren, le cinquième album de Roxy Music, est un peu moins fort que les précédents (mais meilleur que les deux suivants, dont je ne proposerai d'ailleurs pas de clips). Mais il reste très très bon, et on y trouve notamment, en ouverture, une des plus grandes chansons du groupe : Love Is The Drug !
"Il Voyage En Solitaire" - Gérard Manset
Que dire ? La reprise par Bashung en 2008 (la dernière chanson qu'il a chantée en album studio...) est inoubliable, mais l'originale de 1975 aussi. Manset, quel génie !
"Desolation Row"- Bob Dylan
Clôturant à merveille l'album Highway 61 Revisited, voici Desolation Row!
"De L'Amour, De L'Art Ou Du Cochon ?" - Hubert-Félix Thiéfaine
Voici un disque que j'ai commencé par sérieusement détester (comme Thiéfaine en général, autrefois), pour finir par bien l'aimer. Sans pour autant foncer sur le CD comme un malade pour l'écouter à tous instants. C'est même un des albums de Thiéfaine que j'écoute le moins avec ceux de la période 1986/1991 (de Météo Für Nada à Chroniques Bluesymentales). Mais ce disque mérite une écoute ou deux, quand même, et ce, même si c'est, au final, un des moins réussis de l'artiste. De L'Amour, De L'Art Ou Du Cochon ? (chouette titre) est sorti en 1980, et est le troisième opus d'Hubert-Félix Thiéfaine. A l'époque, le franc-comtois ne connaît pas encore de vrai succès. Son premier album, ...Tout Corps Vivant Branché Sur Le Secteur Etant Appelé A S'Emouvoir... de 1978, bien que rempli de futurs classiques du chanteur (La Fille Du Coupeur De Joints, La Cancoillotte, L'Ascenseur De 22h43...), ne connaîtra pas un grand succès. Son deuxième, Autorisation De Délirer en 1979, plus maitrisé, avec notamment Alligators 427 (qui reste probablement SA chanson N°1 en terme d'impact, devant Les Dingues Et Les Paumés de 1982), pareil. HFT, à l'époque dans un trip folk comique délirant franchouillard absurde, est assez underground. En 1979/80, alors qu'il écrit et enregistre ce troisième opus sorti sous une pochette révoltante de nanardise, Thiéfaine pense déjà à l'avenir, à son futur quatrième album (qui sortira en 1981 et sera un franc succès, une sorte de reconnaissance et le début d'une nouvelle période), ce Dernières Balises (Avant Mutation) qui propose pas mal d'éléments de ce que Thiéfaine fera par la suite (un rock racé, étonnant, teinté de blues, de chanson, de pop parfois).
Si jamais vous avez l'occasion de parler à Thiéfaine (ça ne m'est jamais arrivé), parlez-lui de De L'Amour, De L'Art Ou Du Cochon ?, et il vous expliquera sans doute tout ce que je vais vous dire par lui-même : au moment de l'enregistrement et de la sortie de ce disque, HFT s'en est totalement désolidarisé, ayant déjà le futur opus, le futur changement de style musical en tête. Est-ce pour ça que ce troisième album, très drôle, semble assez fadasse quand même ? Assez fainéant, assez nanardeux aussi ? Thiéfaine aurait-il laissé des trucs tels que L'Amour Mou ou Comme Un Chien Dans Un Cimetière (Le 14 Juillet) s'il n'avait pas eu l'intention de virer de bord, musicalement parlant ? Car s'il y à, sur ce disque court (36 minutes, mais 8 titres), des chansons mémorables, il y à aussi des trucs pas nets. Scorbut me fera toujours marrer, avec son accent franc-comtois pourri (Thiéfaine cessera de le prendre par la suite), mais cette chanson s'ouvrant sur une musique de limonaire, issue de la bande-son d'un film totalement oublié et que j'imagine très nanar (Rock A La Préfecture, rien que le titre...ce film est introuvable, rien sur le Net, et je ne suis pas étonné), cette chanson, donc, n'en demeure pas moins assez redoutable. L'Amour Mou aussi, chanson amusante, interprétée à toute berzingue, sauf le refrain qu'HFT déclame calmement, doucement, ce qui crée un sacré décalage, très drôle là aussi, mais très mineur également. Et ce Comme Un Chien Dans Un Cimetière (Le 14 Juillet) est, elle, à chier, elle est trop longue, son ambiance faussement reggae (et oui...) est ratée...elle achève la face A avec nullité.
En revanche, le reste est excellent. Psychanalyse Du Singe, qui ouvre l'album (après un prologue hilarant où, avec en fond sonore des bruits de bistrot, un Thiéfaine jouant les mecs bourrés dit au barman, Ben, tu vois, si j'étais Dieu, j'croirais pas en moi, mais, mais si j'étais moi, ben, j'me méfierais !), est une chanson amusante, assez rapide, dans laquelle Thiéfaine se fout de la tronche de Jean Ferrat (Je ne chante pas pour passer le temps...mais pour me rendre intéressant !) et de Johnny Hallyday (le coup de l'éléphant mort le jour de sa naissance, et qu'il porte, depuis, à son cou, ça ne vous rappelle pas Voyage Au Pays Des Vivants et son fameux scarabée ?). Groupie 89 Turbo 6 (encore un titre de chanson à la con, et qui ne veut rien dire ou presque...) est une chanson rigolote qui parle d'une jeune femme assez costaude et sévère qui en fait voir des belles à Thiéfaine, qui le martyrise, le frappe, le gifle, mais il aime ça, oh oui, il aime ça, le maso ! Ses cris de jouissance (aaah !) sont tordants. C'est juste une fille comme toi et moi, enfin, je crois, surtout comme toi... Après, ça se gâte, les trois chansons moyennes (voire nulles) que j'ai citées déboulent à la queue-leu-leu. Mais la face B rattrape tout, d'abord, avec la chanson-titre, une déclamation d'amour hilarante, totalement absurde, givrée, des paroles totalement tordantes, que fumait Thiéfaine à l'époque ? Puis L'Agence Des Amants De Madame Müller, qui dure quasiment 9 minutes, et est le sommet de l'album. Là aussi, c'est totalement renversant de crétineria assumée, d'humour ravagé. En revanche, musicalement, et surtout l'intro, c'est digne d'une comédie de Max Pécas ou de Philippe Clair... Enfin, Vendôme Gardénal Snack est une dernière déclamation, à la Ferré, chanson étonnante, remarquable, et qui, se finissant par Je t'autorise à me lâcher, tend à prouver que Thiéfaine, définitivement, mettait ici un point final à sa première période, s'apprêtant, à la surprise générale, à apsser à autre chose, changeant même de look (il gardera, de 1980/81 à maintenant, le même look, comme sur les photos de l'article ; il faut dire que son look d'avant était space, voir la pochette de l'album).
Bref, ce disque est inégal, un peu moyen, mais pas aussi nul que je le pensais avant. La chose la plus nulle, ici, mis à part son cinquième morceau, c'est sa pochette, vraiment infâme dans le registre du nanar, on dirait une pochette d'album des Charlots ou de Patrick Sébastien (ou d'un autre Patrick, Topaloff) ! Sur fond blanc, un HFT en blanc sur veste rouge, nez de clown, regard allumé, chevelure trop longue, moustache mal entretenue, qui tient d'une main un bouquet de roses et de l'autre, un flingue. Au verso, il menace le bouquet avec son flingue, veste ouverte, regard cinglé et méchant. Clairement, De L'Amour, De L'Art Ou Du Cochon ? met les choses au clair : ce disque est là pour rigoler, il ne faut pas le prendre au sérieux, et vu que Thiéfaine lui-même s'en est désintéressé assez rapidement, ça veut tout dire. Mais, n'empêche, rien que pour sa face B, il faut écouter ce disque, au moins une fois, même si c'est un de ses moins bons albums !
Chronique complémentaire de Koamae :
Je vais être franc avec vous, ce disque de Thiéfaine sorti en 1980 est celui que j'aime le moins. Il y a quand même des titres à sauver (Psychanalyse Du Singe, Scorbut, et le fantastique L'Agence Des Amants De Madame Muller), mais dans l'ensemble, ce disque est décevant, malgré sa grande citation du début (et si je devais emporter une citation de HFT sur une île déserte, ce serait celle-ci): Si j'étais Dieu, je croirais pas en moi, mais si j'étais moi, j'me méfierais...
Le disque contient un grand classique, le très déplacé Groupie 89 Turbo 6. Le sexe par Thiéfaine, c'est tout un art... Dans cet album, c'est Claude Mairet qui étend tout son talent de musicos, tandis que Tony Carbonare se fait plus discret qu'avant. Et ce disque sera par ailleurs le dernier avec le VRAI groupe Machin...Car sur Dernières Balises, le groupe va très mal, est sur le point de se séparer, bref, part en couilles.
Commençons...par le début (et ouais, pas con). Psychanalyse Du Singe. Une des réussites de l'album. Dans un language familier, le "singe" représente la drogue. Un morceau vraiment réussi, et je vais me répéter, mais cette putain de citation inoubliable, pffffffffff... Groupie 89 Turbo 6 est vraiment LE classique de l'album, tandis que L'Amour Mou nous offre un résultat assez moyen, bien que réaliste...Un autre grand moment de l'album, c'est le Scorbut, haha, ce titre est dantesque, l'accent poussé à bloc, c'est ridicule, mais le résultat est fantastique...Cheval deux trois... A noter que ce titre faisait office de BO pour le film Rock A La Préfecture.
Enfin, Comme Un Chien Dans Un Cimetière... Clôturant la face A, ce morceau est manifestement trop long, le morceau parle d'ennui, le thème est bien trouvé...Nan en fait je pense que c'est fait exprès. Ce titre a été joué pendant la tournée de 2006, chose très surprenante par ailleurs... Désolé, je ne peux supporter les choeurs et les synthés trop 80's de sa sainteté Tony Carbonare...
Grand délire que ce titre éponyme qui ouvre la face B. On l'adore ou on le déteste, personnellement j'ai tendance à le considérer comme une réussite, mais il est un peu lourd à la longue...Tandis que, putain, le solo de piano du début, woah...Ce morceau est le plus délirant de l'histoire de HFT, oui, tu étais douce, douce, comme les roubignoles d'un nouveau né...Ce morceau est une déclaration d'amour vraiment conne et comique, et c'est une réussite...Tout comme L'Agence Des Amants De Madame Muller, ce morceau, avec ses quasi 9 minutes, compte parmi les morceaux les plus longs de HFT...Que Dire, on a pas vraiment de savoir ce qu'il avait pris avant d'écrire ce truc, ce morceau est incontrôlable, mon morceau préféré de la période 78-80, assurément, ce titre est dantesque, et vraiment à écouter jusqu'au bout, si vous ne le connaissez pas :
J'ai collé mes 3 timbres à 100 balles sur mon paquet de cigarettes filtres, et j'ai fumé mes lettres!
Enfin Vendôme Gardénal Snack, épilogue magnifique, mais pas à retenir, il est...banal...Parmi tout un cas de morceaux magnifiques...Mais ça ressemble à Léo Ferré, c'est pas désagréable...
Bref, cet album a ses hauts et ses bas, comme vous pourrez le constater, les hauts ne sont pas des moindres...(Vidéo de Madame Muller...).
FACE A
Psychanalyse Du Singe
Groupie 89 Turbo 6
L'Amour Mou
Scorbut
Comme Un Chien Dans Un Cimetière (Le 14 Juillet)
FACE B
De L'Amour, De L'Art Ou Du Cochon ?
L'Agence Des Amants De Madame Müller
Vendome Gardénal Snack
"Hunger Strike"- Temple Of The Dog
Exellente chanson de Temple Of The Dog: Hunger Strike!
"Sucking On The Sweet Vine" - Humble Pie
Géniale chanson d'Humble Pie issue de leur album sans titre de 1970 !





















